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De Thierry Lhermitte à Nepomuk
avril 9th, 2009 by JJ

En 1996, Thierry Lhermitte présentait un nouveau gadget. “Le minitel, mais en mieux”…

En 2006 apparaît Nepomuk.

Que s’est-il passé en une décennie à peine ?

Image de prévisualisation YouTube

Ca, c’était hier. La téléphonie mobile faisait son hiroshima, google était encore un terme donnant à glousser aux cheveux blancs académiciens (en langage 2.0, aux littré 1.0), le CE d’AZF louait encore des cassettes VHS et la planète tournait malheureusement, massivement, sous win95.

(voilà comment en trois mot-clefs on fabrique un billet honnêtement référençable avec un acteur, une innovation high-tech et une catastrophe. C’est honteux)

Bref. L’information était dispersée, dormante, voire confidentielle.

NepoMuk, le bureau sensé

En 2006/08 on annonce les premières nightly builds (la nuit, des gens mal rasés se rendent infidèles avec des compilateurs) de Nepomuk.

nepomuk-logo320 Kezako ? En gros c’est un environnement de travail, personnel (mais partageable), dans lequel toutes vos informations entrantes peuvent être catégorisées par vous-mêmes de multiples façons. Ce qui signifie qu’un document, quel qu’il soit et ça c’est une des nouveautés, va se voir attribuer par son usager et propriétaire une somme infinie d’informations caractéristiques permettant dès lors de le retrouver en vertu de l’humeur du jour :

ma photo de madââme est en noir et blanc, mais je l’ai aussi prise avec mon rollei 35T et numérisée avec un modeste epson 4490, je l’ai prise en juin et en ai fait l’acquisition numérique un mois après environ; elle représente une personne seule, elle me rappelle un somptueux week-end sur la plage de praia adraga au portugal, où la marée nous a réveillé le bout des orteils à l’aube de cette nuit à la belle étoile; cette photo argentique me rappelle vaguement une galère de développement car sous-développée dans du D76 à 1+1 pas assez chaud.

Il se trouve que j’ai aussi ce mois-là un facture d’électricité, j’ai aussi pris un pv au portugal (que je n’ai pas encore payé) mais je n’ai pas shooté qu’au rollei 35T au portugal, et puis je ne développe pas que dans D76 et n’ai pas que des galères de développement, il y en a aussi avec mon scanner

Voilà un aperçu d’opérations mentales assez simple que nous pratiquons  toute la journée, mais aussi de l’extrême difficulté à recouper de l’information dans un système d’exploitation (propulsé par un calculateur pourtant capable de produire des opérations aritmétiques gigantesques en quelques millisecondes). Voilà aussi en quoi la discipline ergonomique, interface homme-machine, a de beau jour devant elle.

Car la carte n’est pas le territoire. Le cerveau n’est pas un ordinateur. Il calcule, certes. Mais l’arbre de connaissances qu’il génère est non seulement immense, ultra-rapide, et transversal (portugal + photo + pv = polysémie), mais il possède aussi un potentiel de liaison qu’aucun calculateur à base de circuits imprimés ne peut imiter : le sens.

Knowledge Management sémanticisé ?

Oui ma bonne dâme, le sens, c’est le nerf de la guerre. Il est génie de l’organisation, alchimiste des possibles et des réalités. Par dessus tout, il est puissant parce que personnel, subjectif, intime. Bon il est sympa, il est aussi partageur (le sens commun !), donc on peut l’espérer collectif de temps en temps.

Alors que s’est-il passé depuis Lhermitte ? Et bien on a mis en place un réseau mondial de partage d’informations. Oui mais hic… L’information ça s’organise.  Aujourd’hui l’information accessible (et générée) via le web est tellement dense que la star des algorythmes, celui de google, ne calcule même plus combien de pages web existent dans le monde. D’ailleurs c’est quoi une page web aujourd’hui ? Est-ce une valeur ? Quelque chose équivalent à un mètre étalon ? Ce billet de blog fait-il l’identité de l’information qu’il véhicule simplement parce qu’il la supporte sur un format qui ressemble vaguement à une page A4, ou bien l’information n’est-elle pas plutôt fabriquée selon l’esprit qui la consomme en lui accordant du sens ? Cette information ne prend-elle pas plutôt son véritable statut que parce qu’elle est en liaison avec d’autres canaux qui sont autant d’approches  sémantiques disponibles à l’internaute de cet article (via les rubriques, les tags, l’origine de la navigation…) ?

Bref on le sent bien, la gestion de l’information est un bien grand mot, mais reste un défi technique de premier ordre, aujourd’hui plus que jamais.

semantic_desktoporg

Le pas supplémentaire que représente Nepomuk dans cette difficulté exponentielle est que ce système est complètement tournée vers la sémantique de l’information. A chaque document l’utilisateur peut lier des metadonnées (meta, au-delà, donc complémentaires à la nature du document) devenant autant de points d’entrée à celui-ci au jour le jour. On n’est plus dans la conception ascendante ou descendante de l’information telle une hiérarchie simpliste où telle photo est l’enfant de tel moment vacancier, mais transversale : où tel document est lié à une valeur sémantique fonctionnant comme un noeud informationnel. Cette attitude autorise une grande liberté de description en dépit de la structure du schéma d’organisation, et reverse à l’usager une multiplicité de modèles riches en accessibilité.

La didactique de l’araignée

Dans une perspective de complexité du partage notamment dans les problématiques de gestion de données communautaire (tels que les réseaux sociaux contemporains nous les rendent évidents, par exemple), c’est un progrès qui nous fait un gros appel du pied. Ca tombe bien, pour les vingt ans du web !

Gilles Deleuze : “L’Etre est Relation”

On revient, au fond, à la notion de toile d’araignée mondiale (world wide web). Dans la complexité apparente d’une toile d’araignée, on observe des connexions qui ont chacune leur fonction informative, mais sans la relation  à l’intégralité du dispositif de tissage l’information véhiculée perd quasiment toute sa richesse. Pourquoi ? Parce l’information est dédié à un interpréteur, l’araignée. Sans lui, le dispositif est vain. Dans le web sémantique, on retrouve clairement la notion d’usager remis au centre du dispositif informationnel.

Conclusion

Un outil d’environnement de travail, de classement et d’organisation des données tel que Nepomuk traduit non seulement une volonté, mais surtout une nécessité, d’adopter une formalisation des données selon des schémas plus proches de l’intelligence humaine que de la dualité binaire des machines calculatrices. La recherche de syntaxe et de relations caractérisées est un petit pas, certes, mais un vrai, vers une certaine humilité non-passive face au réel.

(testez vous aussi le bureau de travail sémantique)


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