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Revue de presse : AZF, démonstration exemplaire
juin 20th, 2009 by JJ

De l’énigme aux superlatifs. Ou comment la presse ecrite démontre sa vacuité. Exemple : ils n’ont rien compris à AZF.

Le 21 septembre 2001 explosait l’usine AZF à Toulouse (Haute Garonne), et tuait 31 personnes, blessait des milliers de locaux (plus de 20 000), traumatisait durablement l’infrastructure économique d’une région : la plaie doit être raclée de nouveau, huit ans plus tard, avec l’ouverture du procès de la plus grande catastrophe industrielle en France.

Nous allons voir comment les traitements journalistiques d’un tel événement peuvent être modélisés selon l’importance de l’organe de presse émetteur, avec des caractéristiques constantes depuis les faits jusqu’à l’évènement juridique.

1. L’explosion AZF dans les medias : tout dire et rien dire

Le phénomène explosif est dès le premier jour à la croisée des doutes, suspicions, et contre-verités. La formule consacrée encore en vigueur demeure « Attentat ou accident ? »

En effet nous sommes à peine dix jours après les attentats du 11 septembre 2001, mais aussi la relative complexité des installations de l’usine, la topologie du terrain, les témoignages internes et périphériques, l’opacité générale qui règne dans le monde de la sécurité industrielle et de la gestion des risques (notamment en milieu urbain), la vive émotion générée par le K.O. des Toulousains et le réveil soudain des consciences populaires dans tout le pays mêlé au syndrome anxiogène du « nuage de Tchernobyl qui ne connaît pas les frontières »… tout un fratras dont la presse se fait allègrement écho, rarement pour jalonner et distinguer, encore moins pour hiérarchiser.

Mais d’abord, revoyons le petit séisme journalistique provoqué à chaud :

  • Le MONDE, au lendemain de l’évènement : « Au moins dix morts et plus d’une centaine de blessés lors d’une explosion dans une usine de Toulouse »
  • La CROIX du 24 septembre résume par un sobre « L’usine inquiétait depuis longtemps »
  • FRANCE-SOIR du 25 septembre évoquent d’emblée des « bombes chimiques à retardement »
  • L’HUMANITE du 27 et Le POINT du 28 : « Ces usines qui font peur »

On sent bien que pour les uns l’évènement consistera, au moins, à publier un feuillet chaque fois qu’une dizaine de mort ou de blessé supplémentaire sera décomptée, et pour d’autres que c’est le moment d’enfoncer les portes ouvertes des sujet anxiogènes.

Quand à l’écrasante hégémonie du monopole journalistique local, La Dépêche Du Midi, l’éditorial du jour même de la catastrophe s’intitule : « Informer malgré tout ».

Sous-intitulé « Toulouse : le drame », le texte de Jean-Michel Baylet sera endeuillé et d’emblée à la tonalité compassionelle. La presse locale, elle-même touchée de près ou de loin, fera quand même son travail (Informer, hiérarchiser, objectiver, vulgariser), sous un angle qui tranche avec le sensationnalisme national :

« c’est toute une agglomération qui porte le deuil des personnes tuées et la douleur des blessés »

« C’est d’abord vers tous nos concitoyens, vers leurs proches, directement ou indirectement touchés, que vont nos pensées et notre solidarité. Elles vont également vers tous les secouristes, professionnels ou bénévoles, qui aussitôt se sont mobilisés pour porter aide et réconfort. Les premières photographies prises par nos reporters témoignent de l’ampleur inimaginable du drame qui nous frappe. »

« Cette édition spéciale, réalisée dans le bruit et les gravâts, dans l’effervescence du « direct », constitue notre contribution « citoyenne » au drame soudain que vient de connaître notre ville. »

L’éditorialiste ne sait pas encore combien son voeu civique s’avèrera exemplaire, tant c’est la seule véritable attitude journalistique que l’on connaîtra au fil du temps.

Les journalistes de La Dépêche vont travailler, toutes les longues semaines suivant le drame, un subtil mélange d’informations de proximité hiérarchisées – à base de témoignages à chaud et de reportages photo postérieurs – et de souci de prudence vis à vis des délicates questions posées par l’origine du drame. Ainsi, le lendemain dans les colonnes de La Dépêche témoigne le photo-reporter Thierry Bordas (récemment décoré), présent à quelques mètres d’AZF au moment de l’explosion :

A 10h20, Thierry Bordas, photographe à la “La Dépêche du Midi”, partait en reportage. Il venait de quitter le périphérique pour emprunter l’autoroute. Il se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’Onia lorsque l’explosion s’est produite. Dans son témoignage, il décrit l’horreur : « J’ai vu un éclair terrible. J’ai regardé vers AZF et, d’un seul coup, j’ai vu la cheminée s’élever comme une fusée. Puis tout s’est enflammé et tout a explosé dans un nuage où se mélangeaient une gigantesque flamme orange au milieu d’une fumée brune et noire. Un dixième de seconde après, il y a eu le souffle et une explosion très sourde. Ce souffle a poussé les voitures sur la droite de la chaussée. Je me suis arrêté, j’ai fait la photo de la flamme et de la colonne de fumée. En me retournant, j’ai vu des voitures arrêtées. J’ai prêté la mienne à des gens en sang qui sont partis vers Purpan. J’ai essayé d’appeler le 15, puis le journal. Toutes les lignes étaient occupées. J’ai pris la rocade en sens inverse et quand je suis arrivé au niveau de l’Onia, là, il était impossible d’aller plus loin. Il y avait d’énormes morceaux de tôles partout et des gravats sur la route, de la poussière partout. Une poussière orange de la même couleur que la flamme. Des voitures avaient explosé comme si elles avaient été volatilisées par un obus. Les moins touchées avaient les pare-brise et les vitres entièrement détruites. J’ai vu une Mercedes avec le coffre sectionné. Mais le conducteur est sorti indemne. Une maman criait: « Où est mon troisième enfant? ». Elle avait une lésion grave à la jambe. J’ai pris un foulard qu’un homme portait autour du cou et une jeune fille lui a fait un garrot. On a essayé de la calmer Elle tenait dans ses bras ses deux bébés en sang. Elle était en état de choc. Apparemment, son troisième enfant était à l’école mais elle le cherchait. Tous les gens étaient en état de choc. Tous avaient le visage et les mains en sang. C’était effrayant. Plus on se rapprochait de l’usine, plus les voitures étaient broyées et les blessures graves. Au bout d’un quart d’heure, peut-être moins, on a entendu les sirènes. Les policiers puis les pompiers sont arrivés. On a commencé à charger les blessés. J’ai conseillé à certains de s’allonger contre les barrières de sécurité et de rester calmes. Les gens les moins touchés demandaient: « Qu’est ce qu’on peut faire »? Tous essayaient de s’entraider. Personne ne s’est enfui. Ensuite j’ai réussi à me rendre jusqu’à AZF. Plus on s’approchait de l’usine, plus les dégâts étaient importants. Surtout à partir du carrefour de Langlade. Darty était détruit. Brossette BTI aussi. Près de Darty, il y avait un cadavre. Au carrefour, il y avait un amas de ruines. J’ai pensé aux images qu’on a vues de New York. Dans l’usine, tout était détruit. Dans les voitures dans l’enceinte de l’usine, j’ai vu des cadavres, et des blessés coincés dans la carcasse des voitures. Les premiers pompiers étaient déjà dans les décombres. »

…d”autres exemples.

L’Oie de Saint Cyprien, un localier géographiquement très concerné par les effets de la catastrophe sortira pas moins de trois numéros gratuits au tirage exceptionnel

Enfin, le Monde du 28 septembre résumera bien le caractère qui allait troubler cette affaire de bout en bout : on ne sait rien.

Dès lors la brèche était ouverte des guerres de thèses et d’hypothèses, démultipliées ou aveuglément relayées par une presse opportuniste :

  • une météorite tombée sur le hangar 221,
  • une bombe non explosée lâchée par la RAF le 2 mai 1944,
  • un essai militaro-industriel raté,
  • une explosion dûe à un gaz exogène,
  • le vent d’Autan qui serait porteur de pôlarités électromagnétiques inadéquates à l’environnement chimique manipulé au sein de l’usine,
  • la décomposition d’un cadavre de rat…

Le MONDE des 23 et 24 septembre pose la question :

Comment une telle bombe peut-elle se retrouver à côté de la quatrième ville de France, dans une agglomération de plus d’un million d’habitants ?

en même temps que LIBERATION, un peu plus tôt (Le lundi 24 septembre 2001) écrivait quant à lui sur le même sujet :

La proximité du 11 septembre à New York a tout de suite fait songer à un attentat. L’explosion […] – pourrait tout aussi bien n’être qu’un accident. Ni le parquet de Toulouse, qui a ouvert une information judiciaire pour «homicides et blessures involontaires», ni TotalFinaElf, dont des experts en sécurité et spécialistes en «scénario accident» sont au travail sur le site, ni le ministère de l’Environnement n’ont dissipé le brouillard.

Puis Le MONDE remet une couche le 27 septembre :

Les chimistes ne s’expliquent pas les causes de la catastrophe de Toulouse. La thèse de l’accident, telle qu’elle est formulée par le procureur de la République, ne résiste pas à l’analyse des spécialistes. L’explosion du nitrate d’ammonium requiert un important apport d’énergie que l’enquête n’a pas encore identifié.

Bref, si personne ne comprend ni n’explique vraiment, tous pratiquent la surenchère journalistique.

Attentat ou pas, il reste en tout cas que beaucoup a été fait pour en masquer la possibilité, Le Figaro mis à part. Car c’est bien le seul titre national qui se soit risqué à une thèse fait-maison. Malheureusement, c’est dans la veine du journal, reconnaissable entre milles : l’attentat terroriste avec une victime (Hassan Jandoubi, employé de l’usine) dont la rédaction se plaît à rappeler qu’elle est « d’origine tunisienne », et retrouvée dans un accoutrement suspect (celui des kamikazes).

Dès le 24 septembre Le Figaro titrait en Une : « Les mystères du drame de Toulouse » et, en page 14, attirait l’attention sur « Une altercation qui intéresse les policiers » . Cette altercation met en scène des ouvriers dont l’un d’eux sera bientôt nommément désigné comme un suspect. Pourtant, l’auteur de ce très bref article – Philippe Motta – concluait : « L’hypothèse d’un acte de malveillance inspiré par une volonté de ” vengeance ” semble, pour le moment, assez aléatoire » . Mais très vite, sur la foi d’un article de Valeurs actuelles et d’un rapport d’enquête – réputé confidentiel – des Renseignements généraux, Le Figaro se précipite sur le « cas Jandoubi » et c’est ainsi qu’une piste confidentielle policière devient un cas médiatique officiel.

  • Le 04 octobre, Le Figaro précipite cette orchestration médiatique en titrant « Toulouse : l’hypothèse terroriste » en se félicitant d’emblée « Le Figaro l’avait révélé dans son édition du 1er octobre »
  • Le Figaro, Vendredi 5 octobre, annonce à la ” Une” : ” Toulouse : de nouveaux éléments ” et surtitre l’article : « Jaroubi était lié à un groupe radical islamiste de la mouvance dite ” afghane ” ».
  • Une page entière (p. 11) est consacrée à ces « nouveaux éléments ». Titre de l’article principal, rédigé par Marc Mennessier, « envoyé spécial » : « Toulouse : le cas Jandoubi passé au crible ».
  • Le Figaro, Lundi 8 octobre 2001 : Deux titres en vis-à-vis sur une même page, que l’on peut, clairement relier, sans forcer le sens : « Toulouse : les experts croient à l’accident sans en expliquer le processus ” tandis que ” Les RG continuent d’explorer la piste islamique ».

(non vérifié, rapporté sur foi d’une source : acrimed)

Même dans son dossier spécial AZF le Figaro se prend d’une soudaine occita(ma)nia, et fait parler sa fibre occitane en lieu et place des Toulousains : « “Pourquoi pas un acte criminel ?” , se demandent les Toulousains ».  Ben tiens…

Le 10 janvier 2003, Le Figaro et Valeur actuelle ont été condamnés pour diffamation sur ce sujet par la cour d’appel de Toulouse, confirmant ainsi la condamnation de juin 2002 par le tribunal correctionnel.

Depuis, aucun des articles d’époque incriminés n’est disponible sur la version numérique de ses journaux… … mais il est aisé de contourner la prise de position tout en la tenant. :

En faisant parler les bonnes personnes par exemple…

…en adoptant la rhétorique caricaturant les détracteurs de la thèse…

…en préservant la rédaction, tout en persistant à proposer la thèse défendue par l’enquêteur spécial du Figaro via un débat organisé…

…ou enfin on laissant les responsables de l’usine se défendre comme des victimes de l’implacable justice, prête à les criminaliser comme des fautifs de guerre. En effet, s’ils sont coupables, la thèse de l’accident est reconnue, et celle de l’attentat soutenue par le seul Figaro deviendrait caduque…

Plus tard, d’autres organes de presse et éditeurs en ligne prendront le relai d’une certaine thèse du complot d’état voilant l’éventualité d’un attentat sur la quatrième ville française.

2. Le procès de tous les superlatifs

Le procès de l’usine AZF s’ouvre le 29 février 2009, après cinq ans d’enquête. On remarque que si les guerres de thèses perdurent, considérablement nourrie d’une dense littérature sur le sujet (enquêtes indépendantes, témoignages scientifiques, blogs et forums dédiés…), le ton est clairement donné. La presse ne sait pas quoi dire, mais la commémoration journalistique est toujours bienvenue quand le marronnier de La Crise s’essoufle. Ainsi titrent-ils :

  • Le MONDE capitalise sur son « mystère AZF »,
  • pour Le FIGARO « ce procès est hors norme »
  • La TRIBUNE évoque « un méga-procès »
  • et les ECHOS « un procès hors norme pour le drame de toute une ville »

Pour l’éditorialiste de LIBERATION, Didier Pourquery, il s’agit que les victimes ne soient pas mortes pour rien et titre son billet « Prévenir ». Ce dernier semble bien être le seul article utile, favorisant un certain recul :

(…) Il ne faut plus que de tels événements assassins se reproduisent. Et pour l’éviter il faut enfin mettre en oeuvre complètement les mesures prévues dans la loi du 30 juillet 2003, dite loi Bachelot, qui exigeait une remise à plat de l’urbanisme autour des 670 sites industriels français potentiellement dangereux. Cette loi rend obligatoire ce qu’elle appelle des “Plans de prévention des risques technologiques” (PPRT), avec interdiction de construire dans les zones concernées et même possibilité d’expropriations. Evidemment ces mesures sont lourdes et compliquées, mais comment expliquer que sur les 420 PPRT qui doivent être définis, seuls cinq ont été approuvés? Que s’est-il passé entre 2003 et aujourd’hui pour que l’application de la loi Bachelot ait pris autant de retard? Pourquoi ce beau système n’est-il pas allé jusqu’au bout de sa logique? Il faut d’urgence, et c’est pour cela aussi que le procès AZF est historique, que l’Etat et les collectivités locales jouent le jeu de la sécurité industrielle maximum. Il faut donner davantage de moyens à de véritables “gendarmes de l’environnement” qui assureraient le contrôle des sites et la mesure exacte des risques qu’ils font courir. Cela, nous le devons à toutes les victimes d’AZF. (…)

Encore une fois les organes locaux touchent plus juste que leurs confrères sur les enjeux et paradoxes réel d’un tel procès, par exemple Sud Ouest le 23 février (c’est moi qui souligne) :

(…) En d’autres termes, ce procès devra énoncer comment un accident industriel peut se transformer en tragédie urbaine. Or tous les enjeux des mois à venir seront à la fois de pouvoir s’adresser à la douleur des hommes et de pouvoir répondre à la question posée par chaque centre urbain, chaque ville, chaque responsable politique, dès lors qu’il faut rassembler sur le terrain d’une commune terreau industriel et vie citadine. Ce qui s’est passé à Toulouse, sans qu’on ait véritablement besoin de faire intervenir, comme cela a été évoqué, une météorite tombée du ciel ou un complot mystérieux, aurait pu arriver dans n’importe quelle autre métropole du monde. Et au regard de ces questions, comment ne pas s’interroger quand on voit qu’un homme, aujourd’hui retraité, comparaîtra pendant quatre mois comme seul responsable ? Et que sa firme, présente dans le monde entier, implantée dans les plus grandes mégapoles de la Terre, en sera exonérée ? (…)

(par Yves Harté)

Et la République des Pyrénées :

(…) Ce serait une énorme surprise que des faits nouveaux viennent contrebalancer la thèse avancée par la Justice, selon laquelle un mélange accidentel de nitrate d’amonium et de dichloroisocyanurique est à l’origine de cette tragédie qui a fait 29 morts, des milliers de blessés, des dégâts matériels considérables et des traumatismes psychologiques qu’aucune statistique n’a mesurés. Une vérité officielle qui ne satisfait pas grand monde. Les anciens salariés de l’usine ne peuvent admettre qu’un des leurs puisse porter la responsabilité d’une faute aussi lourde. La compagnie pétrolière Total, dont une filiale était propriétaire des lieux, a tout fait pour battre en brèche une accusation qui visait les conditions de sécurité de l’usine. Elle refuse sa ” culpabilité ” mais ne s’est pas dérobée devant sa responsabilité civile puisqu’elle aura versé plus de deux milliards d’euros de dédommagements aux victimes. Enfin certaines victimes et leurs proches ne voudraient pas que l’on s’en tienne à une ” négligence ” qui vaudrait des peines légères, sinon la relaxe des deux seuls prévenus présents au procès, directeurs en exercice sur le site ce 21septembre 2001 où Toulouse s’est crue un instant, la cible d’un nouveau 11 septembre. (…)

(par Jean-Michel Helvig)

Le 23 février 2009, la version tarn-et-garonnaise de La Depêche : « Le procès pour savoir »

Patchwork de coupures du Midi libre :

Tandis que La République du Centre et La Charente Libre nous pondent ce gloubiboulga…

Tant pis pour le côté un peu déplacé de la formule, mais c’est bel et bien un procès ” explosif ” qui s’ouvre aujourd’hui à Toulouse. Au cours de quatre mois de débats, il va s’agir de faire toute la lumière autour de la tragique explosion de l’usine AZF survenue le 21 septembre 2001. Et bien plus, il va surtout s’agir d’essayer de satisfaire les demandes parfois contradictoires de 1600 parties civiles. C’est que le cataclysme qui avait ravagé l’usine d’engrais et les quartiers alentours n’a pas cessé, depuis, de faire des dégâts en brisant la solidarité entre les plaignants. Les associations de victimes n’ont pas ménagé leurs reproches à l’association des salariés d’AZF, accusés d’avoir voulu défendre un ” outil de travail ” qui n’aurait été qu’une ” usine-poubelle “. Ce débat est d’autant plus ” destructeur ” que tous ont payé un lourd tribut au drame (30 morts et des milliers de blessés). On comprend mal, dès lors, ces divergences entre des victimes que devrait réunir une même exigence de vérité. C’est sans doute l’absence de certitudes sur les causes réelles de la déflagration qui a alimenté les rancoeurs et les frustrations. Pas moins de vingt-six scénarios, parfois fantaisistes, ont été échafaudés. (…)

(par Jacques Camus)

Avant même qu’il ne s’ouvre, le procès AZF augure ainsi malheureusement d’une bataille d’experts davantage de nature à rouvrir des cicatrices encore à vif plutôt qu’à les refermer. Toute la procédure d’instruction a été émaillée de polémiques sur les causes de l’explosion phénoménale qui a endeuillé tout un quartier de Toulouse. Soupçonné dès les premiers jours de l’enquête d’avoir trop rapidement privilégié “à 90% la piste accidentelle”, le procureur de Toulouse sera forcément sur la sellette, le tribunal ayant décidé d’explorer toutes les autres hypothèses, y compris celle d’un acte terroriste nourri par la rumeur dans la foulée des attentats du World Trade Center survenus dix jours avant l’explosion de l’usine AZF. La contestation d’un accident par négligence n’est pas seulement le fait des deux seuls accusés du procès jugés entre autres pour “homicides involontaires” (la société La Grande Paroisse et son PDG), mais aussi de Total, actionnaire principal de l’entreprise, dont l’ombre planera sur tout le procès. A l’origine d’une division entre les parties civiles – une association des anciens d’AZF qu’elle finance et celle des victimes du quartier – Total entend soutenir la thèse de l’irresponsabilité dans une explosion dont l’origine ne serait pas clairement déterminée.

(par Dominique Garraud)

Ces deux derniers extraits sont proprement incompréhensibles à tout lecteur n’ayant pas suivi l’affaire de près, ou n’étant pas un local rompu aux appellations consacrées. Les charentais savent-ils faire la différence entre « Le Grande Paroisse », l’ « ONIA » et « AZF » ?

Enfin, le 18 février, le quotidien 20 Minutes arrive après la bataille, avec la saveur journalistique qu’on lui connaît.

Mais encore ? Quid des victimes ? De la reconstruction des familles, des bléssés ? Des mesures prises dans le domaine du risque industriel ? Quid de l’enjeu essentiel de ce procès (celui d’un grand groupe industriel face au principe de réalité) ? Encore une fois, les seuls concernés demeurent les locaux : ainsi La Dépêche tient un blog de chronique judiciaires sur le procès en temps réel, et France 3 sud possède le sien également, tout deux passionnants.

On s’étonnera qu’à l’heure de ce panorama LeMonde.fr possède sa chronique judiciaire sur le procès d’une présumée coupable et meurtrière d’un richissime banquier adepte du latex au juste prix, ou de celui d’une mère infanticide, et rien du tout sur le procès censé faire lumière sur la plus grande catastrophe industrielle depuis la seconde guerre mondiale en France. Il est vrai qu’en 2009 la grande ligne directe TGV Toulouse <-> Paris n’est encore qu’une maquette.

3. Conclusion

A quoi la presse a-t-elle servi dans cet événement, à part s’étouffer un peu plus dans la commémoration marronnière, le culte partisan ou le story-telling ? Peut être Charlie Hebdo du 20 septembre 2006 résume-t-il le mieux la déduction qui s’impose :

…à l’exception de la vérité de la presse écrite.

En pays Toulousain, un proverbe dit :

En setembre lo fenhant Pot anar se penjar.

…En Septembre le fainéant peut aller se pendre

Ce septembre 2001 augurait d’un gros besoin de cordes à produire.

Revue de presse en archive


2 Responses  
  • aide psychologique writes:
    mai 27th, 201010:08at

    Le but des média en général est de nous effrayer et de nous choquer. C’est triste à dire mais cela est vendeur.


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