SIDEBAR
»
S
I
D
E
B
A
R
«
Les enthousiastes et les flippés de l’identité numérique
novembre 19th, 2009 by JJ

Je passe environ un tiers de mon temps de travail à faire de la veille stratégique, engranger de l’information thématique, explorer le foisonnement des émergences. Parmi celles-ci bien entendu il y a l’une de mes spécialités : l’identité numérique. (je préfère cette dénomination générique à e-reputation, je m’en expliquerai bientôt…)

J’ai beau respecter – fondamentalement – la plupart des analyses fouillées comme les brèves de comptoir, je sors de ma tanière parce que j’en ai marre des approximations niaises.

Il y a trop de catastrophisme sur la question de l’identité numérique, et peu de vrais conseils. Toutes ces alarmes allumées qui font l’apologie de la thèse d’un web hyper-vitaminé en terme de surveillance et compagnie, ce sont autant de ténèbres dans lesquels il serait peut-être temps d’allumer quelques bougies.

Je ne manquerai pas de citer entre parenthèses ceux qui le font bien : Les geemiks et leur goût prononcé pour l’évènementiel sur ce sujet, Julien Pierre et son once bienvenue d’analytique de haut niveau, le très prolifique CaddeReputation et sa joyeuse tendance à la centralisation…etc Ceux-là sont des enthousiastes et prêtent chacun à leur façon une oreille objective ainsi qu’un porte-voix à cette tendance contemporaine. Je ne citerai pas tous les blogs avec pignon sur rue quant à ce thème, d’autres font ça bien mieux que moi.

Mais l’identité numérique, c’est quoi ?

C’est l’ensemble des terminaisons médiatiques significatives d’un individu ou d’une organisation aisément identifiable, sur la toile mondiale.

Quel est le problème souverain ?

Cette identité possède une forte propension à nous échapper. Entendez par là, il y a un autre “soi” qui prolifère de manière quasiment autonome, et souvent sauvage.

Le problème n’est pas vraiment celui de la réputation, parce que ça fait longtemps que le phénomène humain. Le problème – si problème il y a – c’est que sa vectorisation médiatique dépasse tous les entendements d’une part (caisse de résonnance “2.0”), et d’autre part qu’on observe en pratique une béance énorme de la part du législateur en ce qui concerne les moyens techniques à disposition pour suturer certaines hémorragies. Ou autrement dit : je peux dire n’importe quoi sur vous, je peux me faire passer pour vous, je peux négliger votre intimité en partageant aveuglément et à 200 à l’heure des éléments probants de votre vie privée avec un réseau qui est mien et pas le votre (mais peut avoir des effets dans le vôtre) …etc

Danger, angoisse, et mystification

Alors bon, c’est cuit ? Attention, ici je vais clairement annoncer un distingo entre l’identité numérique d’une marque (brand) et celle du particulier. Pour une marque, une organisation, voire une industrie, c’est légèrement plus délicat et il y a des expertises pour ça : du community management et du management de l’information en général. Nous sommes plusieurs à investir le créneau depuis plus ou moins longtemps, et ça méritera bien d’autres billets dans ce blog.

C’est l’information que l’on propose qui m’intéresse ici, celle dont on est émetteur conscient (et par ailleurs c’est aussi une loi fondamentale pour les organisations), et si possible pro-actif.

Il faut arrêter de visser l’identité numérique du quidam à ces histoires de fuite permanente, de recruteurs peu scrupuleux qui préfèrent votre profil facebook à votre CV, de soirées potaches dont les clichés peu glorieux sur votre personne vous font rater le job de votre vie… Entendons-nous bien : il est évident que la tendance existe. Pourquoi s’en passerait-on après tout ? Mais l’essentiel de cette fameuse “gestion de votre identité” ne se passe pas là. Ne perdez pas votre énergie à “effacer vos traces”, ou plutôt à le faire de manière obsessionnelle comme une sorte de recours désespéré :

  • d’abord c’est impossible : une information partagée de quelque façon que ce soit est une information déjà évadée
  • ensuite vous croiserez de multiples charlatans qui vous délesteront aussi le portefeuille
  • et puis c’est inutile : la vie numérique induit une identité numérique, permanente, évolutive, c’est dans la biologie de ce media
  • et enfin c’est passif, réactif, contre-productif

Voilà le mot. Passivité. C’est là que de la passivité face à une identité qu’on ne contrôle pas, l’opportunité est belle d’agir pour l’e-reputation.

Il est une caractéristique de ce media dont il est dommage de se passer : il y a de la place. Au lieu de s’en faire attribuer une, prenez-la ! C’est un résumé de ce que j’ai raconté au dernier barcamp où j’étais convié sur ce sujet. Non il ne s’agit pas de “faire avec” les casseroles traînées dans le tintamarre numérique, il s’agit de “plaire avec”. Rien à voir avec une quelconque tentative bancale de séduction : l’important c’est de proposer ce que j’appelle de “l’information augmentée” sur sa personne, ou autrement dit élever le cran médian de son identité numérique vers un focus pertinent sur sa personne.

(…)La sensibilisation par la peur parait souvent la plus efficace.

Le web et la notion d’e-réputation sont pour moi plus synonyme d’opportunités que de risques. Pour se rassurer, il suffit d’ailleurs de faire des analogies. Le web n’est qu’un outil qui démultiplie la communication de chacun et l’impact des messages propulsés sur ce support.(…)

(tiré d’un billet chez les amis)

Cela induit :

  • vous êtes l’auteur de l’information
  • elle est vrai et elle capitalise sur votre être-au-monde

Exemple sur ma propre personne : je n’ai aucun regret à incendier myspace, je l’ai écrit, je ne supprimerai pas ce billet alors que mes audits de fréquentation montrent clairement la provenance d’internautes professionnels depuis des plateformes RH de ce domaine…. Car je me suis expliqué, rationnellement, en tentant – j’espère – de proposer une alternative. Qu’un recruteur passe par là et s’insurge de mon opinion, tant mieux : cela me permettra de m’expliquer d’avantage, de démontrer que l’objectif n’est pas de tirer à bout portant, mais bien de participer à mon niveau et avec mes spécialités à un media perfectible. De la même manière, je ne cache pas ma perplexité sur certains aspects de facebook et c’est même inscrit dans mes infos de profil : et pourtant je m’en sers dans divers projets SMO (Social Media Optimization).

La carte en effet n’est pas le territoire : l’usage qui est fait de facebook m’intéresse sur le plan stratégique, voire anthropologique. En soi, je me passerais personnellement sans difficulté de ce réseau, pour des raisons purement éditorialo-interactives. C’est un autre sujet.

Etendons à plus vaste que ma petite personne : à ce fameux barcamp sur l’e-reputation, une jeune étudiante m’évoquait la complexité de sa situation et son inquiétude devant le fait que son militantisme politique allait très certainement la desservir dans sa recherche d’emploi.

C’est vrai, c’est pas vrai : ça dépend , comment, et qui produit l’information de base et l’information augmentée. Certains militants possèdent des qualités de leadership indéniables, leur jeune âge et leur fougue est aussi un atout, pas seulement dans une manifestation. Leur conscience citoyenne également, leur combativité, leur sens de l’oralité, la profondeur de leur réflexion politique…etc. Encore faut-il valoriser ces aspects, appuyer sur le bon clou avec le bon marteau : avec un blog peut-être, un cv judicieusement mené, une recherche d’interviews convertissant la fougue apparente en analyse empreinte de matûrité, des recommandations professionnelles émanant du proche réseau qui corrèlent l’implication professionnelle de cette personne dans ses missions avec son tempérament fonceur, ou bien d’autres choses encore…

Les universitaires devraient apprendre de cela : plutôt que de censurer son parcours en sciences humaines, il ne faut pas faire, mais plaire avec. On ne dit pas assez combien de philosophes sont bons dans les services stratégie, combien de sociologues usent de leurs acquis théoriques pour optimiser certaines campagnes marketing, combien de littéraires digital-natives de la génération Y sauvent la mise à bien des organes de presse en ligne, combien de scientifiques du langage et de la cognition sont appréciés en ergonomie, en sémiotique du web, ou en sémantique éditoriale…

Je fais ça parce que je veux qu’on trouve autre chose sur moi que mes conneries facebook, quand on me googlise

C’est l’explication d’un ancien camarade de promo que je félicitai pour son (premier ?) nouveau blog. Il a (free, il a) tout compris. On est là typiquement dans la notion de capital symbolique externalisé.

Démache pro-active, consciente, mesurée à son propre tempo compétenciel, égale à lui-même. Il a une belle plume, une vraie culture à faire passer, un sens du cynique reconnaissable, ce serait dommage qu’il s’en prive et nous en prive du même coup.

La sentence de Schopenhauer s’applique aussi aux bloggueurs :

…la première – et quasiment la seule – condition véritable pour écrire, c’est d’avoir quelque chose à dire.

Conclusion bémolisante

Je concède qu’il y ait certaines limites à l’approche que je décris :

  • Dans le cadre caractérisé d’une recherche d’insertion professionnelle ou de recrutement, tous les recruteurs ne savent pas lire l’information augmentée ou supérieure, et la soirée des 20 ans du petit cousin où les serviettes ont bien tournées fait aussi tourner court certains potentiels. Bon je reste convaincu que ce n’est que question de temps et d’apprentissage, j’ai aussi fortement confiance dans l’effet de mimétisme des retardataires vis à vis des early-adopters de cette profession chasseur de tête 2.0.
  • Ce système est inéquitable : il est à prévoir qu’il y aura une inégalité de traitement à l’avenir (pour deux candidats à un même poste) entre celui qui aura investi la toile à des fins de personal branding, et celui qui en sera absent (tout le monde n’a pas un accès facilité au web). Mais au fond, un entretien d’embauche reste le moment du branding personnel le plus franc, le plus riche, le plus juste probablement. L’important n’est pas l’outil mais le message. Reste à avoir droit à un entretien…
  • Des acteurs de certains domaines professionnels auraient bien besoin de mieux se promouvoir en tant qu’expert, mais la confidentialité totale requise dans leur activité les en empêcheront à jamais.

Donc avec ou sans blog, Twitter, CV vidéo ou simplement profil LinkedIn et consorts, faites comme bon vous semble mais faites-le à l’aise et bien. Faites quelque chose qui vous ressemble. Si cela implique de ne rien faire, alors ne faites rien : mais assumez que cela vous ressemble et sachez le décomplexer.


5 Responses  
Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

SIDEBAR
»
S
I
D
E
B
A
R
«
»  Substance:WordPress   »  Style:Ahren Ahimsa
© Jérémie Juraver