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Ce que j’ai fait de ma première paye avec le web
février 3rd, 2010 by JJ

Pour ne rien cacher, j’ai eu envie quelques secondes d’intituler ce billet “Ce qu’un entrepreneur du web devrait faire de son premier cachet”. Mais je me défie de toute approche moralisatrice dans ma ligne éditoriale. J’en resterai donc à moi.

Je suis de la génération Y : celle qu’on qualifie de douée, sans complexe moral, et geek.

Comme au cinéma, tout est vrai dans ce résumé, rien n’est réel. Je ne sais pas faire monter une béchamel, je mets n’importe quelle oeuvre artistique digne de ce nom au dessus de toute autre intervention humaine, je n’ai jamais pris un cours de programmation bien que j’avance une trentaine de sites importants (entendez : professionnels) à mon actif. Ni développeur, ni génial, ni totalement décérébré, mais probablement un homme de son temps.

Toutefois, hommage à mes concitoyens générationnels, je n’ai plus 15 ans. Et cette année alors que je souffle mon gâteau numérique des 10 ans à geeker avec le web, je dois avouer des prises de conscience et je me sens obligé.

Je l’admets, le billet de Benjamin Bayart m’a tiré quelque chose de l’âme; question d’histoire personnelle. Je me souviens (ça sent le sapin) de mes premiers émois à chater avec des gens à 12 000 kms sur des concepts kantiens, il y a 10 ans. Mon premier ordinateur acheté avec une paye de saisonnier parce que… les écrans de veille windows me fascinaientt. Véridique. Pulsion scopique de la fractale, je suppose. J’aimais déjà les canalisations, les canaux, les coudes. Bien que je méconusse la logique propriétaire et ses inepties, bien qu’il est vrai que j’ai mis le doigt dans l’engrenage avec des outils fermés. Je rêvais des échanges libres et internationaux bien avant que les outils contemporains y pourvoient aussi aisément. La lucarne à blaireau bien entendu a lassé ma génération depuis longtemps.
Je me souviens de ce copain de 10 ans mon ainé passant chez moi m’installer un bon vieux webexpert/dreamweaver, il s’appelait olivier et possédait une adresse e-mail sur spatioport. Ceux qui ont connu, comprennent. Il va fatalement passer par ici un de ces jours : salut Olive !

Genèse

Sans le savoir, je jouais ou allais me mettre à taquiner des outils fabriqués par des inconnus : et fabriqués ainsi pour la simple et brute satisfaction de participer à un mouvement libre, technophile, visionnaire, collectivisé. Ou pour le dire bref et sans ambage, un patrimoine d’humanité.

Imaginez donc un instant que Niepce ait bossé anonymement avec tous les experts en optiques du monde, il y a 150 ans, inspiré des philosophes (Spinoza par exemple, tailleur de lentilles), des chimistes, des mathématiciens, pour accoucher de la première photographie. Dès lors, de la promesse du cinéma. Et encore, du multimedia. Etonnant non ? Impossible ? Impensable, peut-être, impossible, non.

Suite à l’impromptu d’Olivier, l’enchaînement geek : la création amateur de pages “maison”, pour le frisson naïvement créateur, puis pour quelques associations ou commerçants dans le besoin, puis pour quelques magazines et journaux locaux, vient ensuite la découverte des langages de programmation, puis les interfaces pré-développés de boîtes à outils tels que divers systèmes de gestion de contenu, puis le retour féroce aux forums… la boucle était bouclée : j’ai aimé les idéologies cybernétiques. Elle offraient ce qu’un jeune idéaliste des sciences dites “humaines” pouvait attendre d’un media ouvert, qui pérénise les échanges d’une agora numérique, qui les accélère, et qui oblige publiquement chaque intervenant à se passer du travestissement de la parole d’autrui ou encore de la confidentialité de la correspondance épistolaire.

Car l”unique, mais indispensable, caractéristique des forums web, c’est surtout qu’on oblige chacun à entendre l’autre (l’avantage de l’écrit), et qu’on réduit le risque de la génération spontanée des sophistes : difficile de travestir une parole écrite et stable, tout orateur de talent que l’on soit. Tous les gens qui connaissent les réunions “en présentiel” (comme ils disent) connaissent le pouvoir réactif et méprisable de ces gens qui sont meilleurs avec leur charisme qu’avec leur pensée.

De la possibilité d’une île

Pour revenir au sujet donc, pas étonnant qu’aujourd’hui une communauté qui ne se donne pas les moyens de s’exprimer sur le web me génère un malaise indescriptible. Pas étonnant non plus d’avoir fini par m’orienter vers une naturelle expertise du phénomène social sur le web.

Toutes ces richesses en bout de chaîne, on les doit aussi, de manière équivalente, aux efforts consentis par tant d’anonymes au profit d’une certaine idée de l’outil façonné pour l’humain (et non l’inverse). On les doit donc aussi, indubitablement, à l’utopie d’un media techniquement ouvert et libre. Une utopie efficiente :
Ce billet n’existerait pas si les serveurs Apache n’existaient pas, si WordPress ne me permettait pas aussi facilement de le motoriser au sein de ce blog qui est d’ailleurs sous licence ouverte, si j’avais à m’en tenir comme encore trop de gens à une version propriétaire de navigateur web comme Internet Explorer alors que Opera, Firefox et consorts sont si sympathiques, si je ne pouvais librement me cultiver avec les analyses des confrères, les musiciens librement présents, les photographes qui ne souffrent pas de publier l’intimité du regard.

Pourtant, le modèle est en danger. Indéniablement, peut-être inexorablement, l’idée que commercer équivale cadenasser prend la pente ascendante, au point que les meilleurs et acquis à la cause libre s’en désespèrent dans un grand fratras de gros mots et décrètent finalement que, pour eux aussi, la part du gâteau exige de poser quelques verrous un tantinet plus liberticides.

La petite histoire pour raconter quoi ?

Que sans l’open-source, sans le creative commons, sans cette idée d’un media ouvert et usé intelligemment -une idée, je le répète, efficiente mais plus fragile que jamais- je n’aurais jamais avancé un pied dans cet univers, encore moins un métier d’expertise du web éditorial et communautaire : cette idée qui en implique tant d’autres en terme de projet sociétal est aujourd’hui plus que jamais vaillamment défendue en France par la Quadrature du Net, entre autres. Et la Quadrature du Net est dans une mauvaise passe, à deux doigts de jeter l’éponge.

Dans mon premier cachet obtenu via mon expertise web, j’ai pris une tranche de 30% que j’ai envoyée sous pli en divisions équitables à diverses communautés logicielles, journalistiques, lobbyistes, encyclopédiques : phpMyVisites, Wikipedia, phpWebGallery, phpBB, Acrimed, Ubuntu, Framasoft…

Sûrement trop peu, sûrement flagellatoire, mais j’emprunterai sous licence creative commons by-nc-sa ces mots d’une amie éducatrice spécialisée à propos de son job au quotidien :

ça sert peut-être à rien, mais c’est important.


One Response  
  • Cyroul writes:
    février 3rd, 201018:10at

    Bel esprit, bravo !


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